L'humain possède la capacité de s'habituer à pas mal tout: à respirer, à marcher, à manger solide, à parler, à lire et écrire, à travailler, à voter, à vieillir même. On s'habitue à tout, parce que parfois, cette habitude est plus facile à faire que de protester.
Tout à l'heure, au terminus Charlesbourg, j'attendais l'autobus. Et, comme d'habitude, il en a passé cinq dans la direction inverse à la mienne avant que le bon autobus daigne se pointer. C'est la routine. Ça fait presque deux ans que je prend ce même bus, à la même heure. Il arrive toujours tard et, comble de malheur, il est plein. Passons, car il ne s'agit que d'un détail.
J'attendais donc patiemment, parce que je suis très docile. Je n'avais pas les écouteurs plantés dans les oreilles, parce que je devais plancher sur mon cours à distance que je n'ai pas encore terminé. Qui dit oreille libre dit personne bizarre/étrange/fucké qui viennent me parler.
Je ne dirais pas que le Caribou est asociable, non, je dirais seulement que ça me tente rarement de commencer à palabrer avec ces personnes qui, à première vue, ne sont absolument pas intéressées à écouter les potentielles réponses que je pourrais leur fournir. Pas cette fois-ci.
Un vieux monsieur a croisé mon regard. Et là, comme au ralenti, il a ouvert la bouche et m'a demandé:
-Comment ça se fé qué l'outoubus arrive pas, hé, on attend, on attend, on attend toujours! me demande-t'il.
- Heu, ben... tsé, c'est pas mal tout le temps de même, bredouillais-je vaguement.
-Cé de votre faute, les Québécois, si ça va mal ici, toutte de votre faute! de dit-il, d'un air accusateur, comme si j'était la 10e plaie d'Égypte. Je ne pose pas de question, mais à l'accent, il est Italien, sûrement latin, totalement Européen.
Il continue:
-Comment ça sé fé que les outoubus arrivent à 9h, d'autres à 5h30 secondes, il y a personne qui a déjà pensé à les faire arriver tous en même temps!
-Ça a toujours été comme ça, je crois que je mieux, c'est de s'armer d'un bon livre et d'attendre. coupais-je. Que veux-t'il que je fasse? Faire une plainte au RTC? Ben, oui.
- Moi, je fais des plaintes au RTC, tous les jours, des plaintes à la ville, au gouvernement, à mon propriétaire. C'est comme ça que les choses changent. Vous, les Québécois, vous acceptez tout, sans rien dire, vous êtes des lâches.
Wo, ok, je comprend le message. Mais que veux-il que je fasse? Monter aux barricades? Je travaille, j'ai pas juste le temps de, ça changerais jamais rien de toute manière...
VOILÀ
J'ai compris ce qu'il voulait dire. C'est vrai qu'on est comme ça, nous les Québécois. Nés pour un petit pain! On peut bien se faire bourrer de mensonges de la part de nos dirigeants. Je suis pour l'équilibre, dans tout. Ce ne serait pas nécessairement une solution intelligente de tout paralyser, comme en France, chaque fois que les gens sont mécontents. Cependant, cela a l'avantage que le gouvernement craint son peuple. Ici, on craint le gouvernement. Ce n'est absolument pas normal.
Vous pensez que je divague? Prenez seulement ladite épidémie de grippe. Il a fallu que le mot coure que les gens qui refusaient le vaccin pourraient être privés de soins, et ce, dans les établissement publics. Les gens ont gobé ça, même s'ils payent pour ces services. Alors, on se faisait vacciner, de peur de ne pas recevoir de soins. Notre cher gouvernement (peu importe sa couleur, parce qu'ils proviennent tous de la même culture et de la même génération) utilise donc la peur de son peuple pour poser des gestes et prendre des décisions qu'un peuple sensé n'accepterais jamais!
Vous pensez que j'ai tort? Pensez aux autochtones, qui lorsqu'ils sont insatisfaits du gouvernement ou autre instance politique, barricadent des routes. On ne veut pas les entendre? Soit. Mais ils prennent les moyens qu'il faut pour que leur voix porte aussi loin que possible. Ça dérange, oui, mais c'est ce qu'il faut pour que ça suscite un intérêt aussi minime soit-il.
Pourquoi cette réflexion? À quoi servira-t'elle? À moi. Parce qu'en parlant à ce monsieur râleur, à l'arrêt d'autobus, j'ai ressenti la honte. La honte d'attendre que les choses changent, que d'autres fassent en sorte d'améliorer le sort de tous. La honte de penser qu'un jour, je pourrais m'habituer à l'injustice, au racisme, à l'homophobie, au machisme, seulement parce que je suis trop lâche pour protester contre des idées qui s'insinuent tranquillement, contre des partis qui penchent un peu trop vers la droite à mon goût.
Je terminerai en disant ceci: le premier ministre japonais, de même que son vice-président ont démissionné. Qu'on-ils fait? Fraudé? Dépensé lsans discernement 'argent des contribuables, échangé des enveloppes brunes? Non. Voilà la raison qu'ils ont évoquées: ''Le travail du gouvernement n'a pas été bien compris du public. Nous avons perdu son écoute.'' Pas de danger que ça arrive ici!
Il existe des processus de plaintes, des commissaires aux plaintes dans la majorité des organisations gouvernementales, para-gouvernementales et privées. Alors, plaignons-nous.
Lecteurs et lectrices, dévoreurs de livres et amoureux des mots, oreilles mélomanes, voici mes plus récentes découvertes en matière de littérature et de musique. J'y ajouterai aussi, au fur et à mesure, des titres que je juge très intéressants, voire nécessaires à une bonne santé littéraire. Aussi, d'autres découvertes et réflexions sur la vie, le voyage, la bouffe... À consommer sans modération.
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