jeudi 24 juin 2010

St-Jean-Baptiste ou l'art de faire pipi discrètement

Hier, nous étions le 23 juin. Même si je voulais ne rien faire à la veille de la St-Jean, j'aurais de la difficulté. Par le passé, j'ai travaillé lors de cette nuit, et ce, sur la rue St-Jean à Québec. En plus de gagner un salaire, je pouvais être dans le feu de l'action sans finir par vomir dans une poubelle ou me faire pipi dessus. Je pense que cette frénésie date du temps où j'habitais encore dans une petite bourgade éloignée où l'événement de l'année était le spectaculaire feu qui était allumé à minuit tapant.

Depuis cette époque, j'ai grandi. Ou plutôt vieilli. Mais hier, au fur et à mesure que je gravissais la côte d'Abraham avec Blondie, je perdais des années. On s'est laissé prendre au jeu!

-Bonne St-Jean!, hurlait Blondie, aux automobilistes klaxonnant et aux autobus bondés de jeunes arborant des t-shirts des Nordiques et des drapeaux du Québec avec des feuilles de pot à la place de fleurs de lys.
- Je commence à avoir envie de pipi, lui répondis-je.

Eh oui, j'avais presque oublié: quand on boit de la bière, on pisse. Et s'il y a un endroit sur la terre où il n'y a pas de toilettes publiques, c'est bien dans le vieux Québec. On allait devoir toffer.

Premier arrêt: Carré d'Youville. Il y a des gens qui pensaient pouvoir passer en voiture sur la rue. Erreur. C'était tout plein de jeunes sur la brosse, survoltés qui couraient dans tous les sens. Nous avons émis l'hypothèse que les automobilistes devaient habiter dans le coin (malgré le fait que le Vieux devient de plus en plus mort avec les temps) et qu'ils savaient déjà que leur trajet serait difficile.

Nous avons pris quelques photos, mais c'est difficile de capter des images d'une foule en mouvement. Nous avons donc décidé de trouver un endroit où faire pipi. Il y avait bien des toilettes portatives bleues, mais la longueur de la file et l'était des personnes qui la composait nous a motivé à pousuivre notre parcours.

Deuxième arrêt: Porte St-Louis. Nous nous sommes assises sur le bord du chemin, avons ouvert une bière et piccolé en regardant notre belle jeunesse se bourrer la gueule allègrement. À ce moment, je me suis demandé: suis-je fière des Québécois ou ais-je honte que le monde profite de cette fête pour se battre, péter des bouteilles de bière dans la rue et/ou vomir dans le dos d'un inconnu? Bref, ceci est un débat ouvert. Vos commentaires sont les bienvenus.

Nous sommes ensuite parties à la recherche d'un endroit pour faire pipi. Comment faire? Premièrement, éviter les endroits qui sentent déjà l'urine. Deuxièmement, éviter les endroit ouverts. Troisièmement, trouver un obstacles assez gros pour cacher notre crime. Je remercie donc le propriétaire d'une d'une Sentra noire 1995 stationnée sur la rue St-Denis pour l'abri.

On est allées s'asseoir près du Parlement et on a regardé les gens passer. Et puis la pluie a commencé à tomber. On a donc remonté la Grande Allée pour revenir à la maison. La foule était vraiment dense, surtout près du Dagobert. C'était presque difficile de respirer. On a donc pressé le pas pour bifurquer vers René-Lévesque et amorcer notre descente vers la Basse-Ville. Évidemment, Blondie a du marquer son territoire à nouveau, dans un bosquet sur le coin René-Lévesque et Clairefontaine. Pas seulement là, mais aussi sur ses sandales. Comme c'est la St-Jean et que notre niveau de conscience de ce qui est propre ou sale, on s'est dit: Tant que c'est ta propre pisse, c'est pas si grave.

La frénésie diminuant au fur et à mesure que nous descendions, nous avons pu nous calmer, retrouver notre vrai âge, avec chacune notre envie de prendre un bain et de nous coucher. Chose que j'ai fait aussitôt que Blondie a fait son autre pipi chez nous (je suis maintenant convaincue que l'avancement en âge est inversement proportionnel à la capacité que nous avons à nous retenir).

Bilan de la soirée: 10 cennes de ramassées, un joint vu par terre (ramassé par une mottée), un demi rouleau de papier de toilette passé et un bas de pantalon de jeans qui prendra la direction de la laveuse. Une belle brassée à l'eau chaude est requise. Mais surtout, une belle soirée remplie de rires!

Bonne St-Jean, tous!

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