dimanche 22 janvier 2012

Peur et joie au Massif du Sud


Hier, j’ai fait ma confirmation de ski alpin. J’ai eu mon baptême il y a plus de 15 ans et à cette époque, je n’avais pas vraiment fait le choix de dévaler les pentes. Nous sommes partis de Quévillon tôt le matin, la vannette bleue de mon père remplie de jeunes plus ou moins conscients de ce qui allait les attendre. Cet aller-retour au Mont Vidéo, à Barraute, n’a pas qu’été une première expérience de ski, mais marque le moment où j’ai écouté François Pérusse pour la toute première fois. Nous avons écouté l’Album du Peuple, tome 2 sans arrêt (tapé sur une cassette). Pauvre papa... 


Je disais donc qu’il y a 15 ans, j’ai fait du ski alpin et qu’hier, j’ai rechaussé, non sans peine, des bottes de ski. Voici donc le récit de ma journée rocambolesque en 7 étapes distinctes. 


Première étape : Mettre les bottes. Parce que, disons-le, enfiler des bottes de ski demande une certaine adresse, mais surtout un mental de béton. Après trois minutes, j’avais pris une belle teinte « sauce rosée » et une crampe dans le mollet gauche. Mon ami Kevin, qui était mon guide (et mon ange) pour la journée m’a gentiment aidé à me calmer les nerfs, qui étaient déjà à fleur de peau. Pauvre Kevin...


Je ne suis habituellement pas hystérique, mais c’est parce que je m’organise pour garder un niveau de stress assez bas. De cette manière, j’évite de m’épancher en émotions diverses que je ne suis pas capable de contrôler. Hier, je suis définitivement sortie de ma zone de confiance. Totalement. Et pas question de reculer, quand on pense que j’ai passé 10 minutes à mettre les bottes... 


Je vous épargne le reste des préparatifs, parce que ça reste assez inintéressant. Tout ce que je voyais, c’était le sommet de la montagne. Le Massif du Sud, c’est une grosse montagne. Pas l'Himalaya, mais à côté du mont Vidéo, ça coupe le souffle. 


Deuxième étape : Se rendre au remonte-pente. Marcher avec des bottes de ski, ce n’est pas facile. Dans une côte, encore moins. Avec des skis et des bâtons, c’est in-ter-mi-na-ble. Mais on s’est rendus. Dans le fond, j’étais quand même contente que ça prenne autant de temps. De cette manière, je pouvais retarder le moment où j’allais atteindre le point de non-retour : être assise dans le remonte-pente. Oui, parce qu’après, il y a la descente. 


Troisième étape : S’asseoir dans le remonte-pente. Kevin m’a bien expliqué comment procéder. On s’approche de l’espèce de tourniquet, on attend que le siège avant nous passe, puis vite, vite, on avance pour être prêt à s’assoir. J’ai tout fait comme une grande. Comme j’avais arrêté de respirer depuis 2 minutes avant d’embarquer, une fois assise, j’ai eu besoin d’une bonne goulée d’air. J’avais une magnifique teinte « sauce à spag ». Mon dieu, j’étais dans le remonte-pente ! J’ai eu l’occasion, durant la première montée, de me calmer les nerfs en observant la magnifique nature. Un peu avant d’arriver au sommet, les arbres deviennent de plus en plus fournis, complètement enrobés de neige. Comme s’ils avaient enfilé des cotons ouatés blancs. Une forêt de fantômes. 


Quatrième étape : débarquer du remonte-pente. Oui, parce que tout ce qui monte, inévitablement, redescend. Je n’échappe pas à la règle. Petit peak de stress : et si je n’arrivais pas à débarquer? Et si je m’enfargeais dans mes skis et m’étalais de tout mon long, aplatissant par le fait même le peu d’orgueil qui reste? À ce moment précis, je me suis maudit de m’être mise dans une situation aussi inconfortable. Je pouvais être chez moi, à la chaleur, avec un livre. Non ! Je suis au sommet d’une montagne. Et là, sous les conseils de mon ami, j’ai descendu la petite butte sans tomber. 


Cinquième étape : Descendre la pente. Teinte « sauce arrabiata ». Nous avons choisi de faire la pente familiale. Je dis nous, car mon ami m’avait dit qu’il passerait la journée avec moi, dans le coin des petits (ce qui s’est avéré faux, les petits, ils torchent ! Et ils n’ont même pas de bâtons !) J’avais très naïvement imaginé qu’il partirait de son bord, dans le coin des casse-cou experts, que je descendrais (très gracieusement) la pente familiale, qu’on se rejoindrait en bas pour casser la croûte... Je ne sais pas à quoi je pensais. Dans mon souvenir, le ski alpin, ce n’était pas si dur. 


BEN NON. Ce N’EST PAS FACILE. 


Ceci dit, avec un peu de volonté et d’effort, on peut arriver à avoir du plaisir à descendre. Et une maudite chance que mon ami était avec moi. 
Pour :
  • m’aider à me relever
  • me redonner mes skis
  • me dire de regarder au loin parce que c’est magnifique, au lieu de regarder le bout de mes skis
  • replacer l’os qui pointe à travers ma jambe et faire un garrot
Mais non ! Je n’ai rien de cassé, je n’ai fait mal à personne. Bon, j’ai bien pris une belle fouille, mais il y a eu plus de peur que de mal. J’ai quand même réalisé que la plus grande peur, celle qui paralyse, qui pétrifie, celle-là, terrifiante, est uniquement produite par l’esprit. Ce n’est pas le vertige, la vue du bas de la pente, c’est le cerveau en entier qui se met en grève. Trop d’infos en même temps, trop de tâches à gérer, il cesse son « activité ». Pas médicalement parlant, bien sûr, mais j’ai tendance à penser que ce sont plutôt les nerfs qui prennent le relais. J’ai déjà lu quelque part qu’une mère, pour sauver son enfant, avait soulevé une voiture. C’est peut-être ce qui se passe quand les nerfs prennent le dessus. 


Sixième étape : On recommence ! On a fait 6 descentes durant notre journée et le soleil s’est montré le bout du nez en après-midi. La photo a été prise à ce moment. À couper le souffle... 


Je ne sais pas si je serai une adepte du ski dans les prochaines années. C’est un sport qui est quand même couteux (à ce sujet, merci mes amis pour le cadeau, comme vous avez pu le constater, j’ai beaucoup apprécié ma journée) et sans auto, ça rend le projet pas très réalisable. Toutefois, j’y retournerais avec plaisir ! (Wink, wink...)


Septième étape : Enlever les bottes. Re-crampe dans le mollet, broue dans le toupet, respiration saccadée, on pousse, on pousse... Enlever des bottes de ski, ce doit être comme accoucher. Sérieusement. 


Je confirme donc que je désire retourner sur les pentes, sentir le vent frais et la sensation de dévaler les pentes à toute vitesse (bon, ok, ici, le terme vitesse est très relatif... mais qu’importe!)


* Au moment d’écrire ces lignes, c’est à dire 24 heures après avoir accouché des bottes, j’ai mal aux mollets, aux chevilles, aux genoux, aux cuisses (en avant et en arrière) aux fesses, au dos, aux abdos, aux bras et aux mâchoires. Sans joke. Je souffre. 

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